Retour envoyé à Antoine Emaz le 22 juillet 2017 sur son livre Limite

Antoine, je viens de lire votre livre, Limite, un grand merci pour ce livre témoignage, de la langue comme refuge encore possible, quand le corps est réduit au pire, quand la tête est réduite au moindre, les mots ouvrent un espace d’accueil, pour peu qu’on les désire encore, dans ce lieu presque sans corps les mots incorporent d’autant plus ce qu’ils désignent, invoquer à plusieurs reprises le mot bleu suffit à rendre présent partout le bleu, manquer d’air fait exister l’air démesurément, les mots et ce qu’ils charrient, ciel n’est pas que ciel il est aussi tout ce qui est relié au mot ciel, le mot mer vient chargé de mer, recueillir ces mots c’est donner une place à leur pouvoir d’existence, se recharger de ce pouvoir qui est vie, rendre ce pouvoir accessible au lecteur, le rythme d’écriture que vous indiquez donne au mot cette place qu’il lui faut pour faire exister ce qu’il porte, avant que le lecteur passe aux mots suivants, les mots déliés sortent de leur fonction (adjectif, complément,… dans une phrase) pour exister d’abord pour eux-mêmes, puis en lien, séparés mais en proximité, l’art de la proximité, trouver dans quelle proximité placer les mots vague et page pour que l’un charge l’autre et vice-versa sans qu’aucun n’y perde, et que le souffle aussi réduit soit-il suffise à faire lien entre eux, associations d’idées qui ouvrent de nouveaux espaces, dans un moment où la vie se resserre au bord de disparaître, vous donnez à voir ce qui tient alors et par quoi tenir, ce qui se révèle debout au bout du bout du bout…

Myriam