Belle lecture de Jacques Morin dans le numéro 167 de la revue Décharge de MAINS suivi de SONDER LE VIDE, (p.i.sage intérieur)

Belle lecture de Jacques Morin dans le numéro 167 de la revue Décharge de MAINS suivi de SONDER LE VIDE, (p.i.sage intérieur)
« Mains d’abord, avec deux aspects : face et pile. Tu ouvres tes mains / Et dans le même mouvement tu m’as ouverte. Face, c’est la présence de l’autre, le physique, le tactile, l’érotique, le charnel. Myriam Eck, à petits traits, quelques vers, à peine, sur la page, donne la dimension des corps, de la proximité, de l’amour sans aucun débordement lyrique, mais absolu. Mon corps de ton corps s’agrandit. A l’inverse, pile : Ma peau touche ton absence. On est dans la douleur, la frustration, Je m’abîme la peau / Partout / Où je pense. Les mots ras, aigus, cherchent aussi loin dans le toucher que dans le défaut. C’est tout le corps / Dans ma tête / Qui s’arrête. La seconde partie du recueil prolonge en quelque sorte la carence. L’espace où se vider n’a pas de limite. Les mots vide, tête, terre reviennent sans cesse comme dans une conjuration de l’anéantissement inexorable. Plus tu t’approches de ton vide plus il te vide. L’enjeu est psychologique, voire psychique. Ce qui se joue se situe aussi dans l’opposition mémoire/oubli. Ces réitérations, qui ne sont nullement imprécatoires, donnent une force réelle au texte. Avec Myriam Eck, on sonde le vide, et l’expérience est à la fois dérangeante et fascinante. »
8 €, 11, rue Molière 21 000 Dijon

Un retour de Ludovic Degroote sur le site du CCP pour Mains

« Il n’y a pas de règle en poésie : certains se sentent plus à eux-mêmes en développant un lyrisme ample, d’autres ont besoin d’aller contre toute forme préconçue, d’autres encore d’expérimenter, ou bien de réduire une langue à ce qui serait son essentiel, parce que cela exigerait de n’atteindre que cet essentiel. Dans Mains, suivi de Sonder le vide1, Myriam Eck ose une poésie simple dans ses choix – vocabulaire, syntaxe, minimalisme du poème – et exigeante car elle cherche à circonscrire ce qui résiste ; elle affronte donc un double risque : il n’y a pas de poésie sans risque. Mains se distribue en deux parties : Face et Pile ; l’une dit la présence, l’autre l’absence ; il y a du corps au bout de ces mains, qui confine parfois à l’érotisme (« Je m’abîme la peau / Partout / Où je pense »). L’approche d’un corps qui touche au vide – le sien ou celui de l’autre –, on la retrouve dans Sonder le vide. Là aussi, l’économie de mots impose la reprise lexicale, une spirale ou un entrelacs, quitte à jouer des paradoxes (« La mémoire ce n’est pas disparaître ») ou de l’abstraction (« Une seule tête pour tout mon vide / Ce n’est pas disparaître »). Ou d’essayer la vie : « Tu cherches un vide où t’effondrer »..

1. On notera la présence en couverture et entre les deux poèmes de dessins de Christine Delbecq qui travaillent à la tenue de leur corps dans l’espace. »

A lire sur le site du CCP

Merci à Claude Vercey pour sa lecture fine, précise et sensible de mon livre de poésie Mains suivi de Sonder le vide sur le site de la revue Décharge, I.D n° 586

Merci à Claude Vercey pour sa lecture fine, précise et sensible de mon livre de poésie Mains suivi de Sonder le vide, à lire sur le site de la revue Décharge, I.D n° 586 : Les mains molles ne sont plus des mains

« Je ne sais pas », parole fondatrice de la démarche philosophique. Scientifique aussi bien. Et du poète ? Mains, suivi de Sonder le vide, premier livre de Myriam Eck, que propose p.i sage intérieur, dans sa collection 3,14g de poésie, me paraît emprunter cette même démarche herméneutique, d’interrogations et d’investigations sur le monde, ou plus exactement sur un élément constitutif de ce monde, – et plus insignifiant il sera, plus la démarche sera convaincante (la modestie est ici vertu première) – à partir d’un état d’innocence retrouvé qui offre au poète (au lecteur) la possibilité de faire à nouveau, dans la découverte de son environnement, ses premiers pas.

Photo prise par Claude Vercey
Photo prise par Claude Vercey en juin 2015, au Marché de la poésie de Paris, sur le stand des éditions p.i.sage intérieur.

Cette approche balbutiante, précautionneuse, d’une sensibilité en éveil, entraîne la forme du poème, qui se présente comme une suite de notes personnelles, deux à trois lignes sur la page la plupart du temps, afin d’explorer sans a priori et sans littérature, jusqu’à l’épuiser, l’objet de curiosité : les Mains en première partie ( elle-même subdivisée enFace, puis Pile), le Vide, qu’il s’agit de sonder dans la seconde. Dès lors, tout devient sujet d’étonnement :

« Tu ouvres tes mains
Et dans le même mouvement tu m’as ouverte
Le geste inattendu du toucher »

Comme dans ce premier poème, on reste, tout au long de l’ouvrage, au ras de la sensation, dans une accumulation de découvertes bouleversantes, et qui n’est autre, dans Mains, que le récit d’une approche amoureuse, qui refuse tout autre témoignage que celui du toucher.

« Tes mains dans mon corps
Tant qu’elles vibrent »

Explorer le vide sur ce même mode à la fois sensible et objectif conduit nécessairement, me semble-t-il, vers un imaginaire. Qui peu à peu, mot à mot ( dans le vocabulaire raréfié dont use sciemment la poète, avec le plaisir de la réitération, le mot est précieux) se construit, jusqu’à une ironie, une fine autodérision, qui est peut-être l’autre forme de l’angoisse

« Plus tu t’approches du vide plus il te vide
Tu disparais dans des formes qui te vident
Des formes qui se vident à ta place
Tu disparais dans une forme sans toi
Une forme qui ne peut qu’être celle du vide »

Sans doute ne confondra-t-on pas une page de Boris Wolowiec (voir l’I.D n° 584) avec une de Myriam Eck. Pourtant, à y bien regarder, il existe entre ces deux écritures plus d’un points communs qui ne sont autres au fond que la marque de leur modernité : modestie de l’objet auquel on s’attache (mais Ponge déjà, et certains Guillevic …), tendance du discours à s’autonomiser par rapport à l’objet de référence ; économie des effets comme des mots ; simplicité de la phrase ; sûreté sentencieuse des allégations, la poésie doit être exacte et forte. Ou, pour parler comme Myriam Eck : Les mains molles ne sont plus des mains.

Repères : Myriam Eck : Mains, suivi de Sonder le vide – p.i.sage intérieur éd. – (11 rue Molière – 21 000 – Dijon) 124 p. 8€.
Lire la dia de Jacmo dans Décharge 167 : « Avec Myriam Eck, une expérience à la fois dérangeante et fascinante ».
Rendez-vous : Myriam Eck, ainsi que Patrick Le Divenah ( pour Algues & Barges, aux mêmes éditions – voir I.D n° 571) est l’invitée de Tempoésie, à Dijon, le 19 novembre à 18h00. La rencontre aura lieu à la NEF- Bibliothèque municipale de Dijon. Place du Théâtre.
Sur Boris Wolowiec : lire l’I.D n° 583.

Poète invitée à une manifestation du Festival Paris en toutes lettres le 22 novembre 2015 au Musée de la chasse et de la nature

FESTIVAL PARIS EN TOUTES LETTRES
« SALON DE CHASSE » au Musée de la chasse et de la nature
DIMANCHE 22 NOVEMBRE 2015
DE 14H À 18H
A l’occasion du festival Paris en toutes lettres, les Souffleurs commandos poétiques, les Parvis Poétiques et Poésie is not Dead présentent « Salon de Chasse », une installation-performance. Les Souffleurs commandos poétiques créent un face-à-face haletant et dramatique entre proies et prédateurs dans une forêt de « morsures sonores poétiques ».

Cette installation-performance est notamment le fruit d’une commande auprès de vingt poètes francophones contemporains : Linda Maria Baros, Eric Brogniet, Stéfanu Césari, Francis Coffinet, Véronique Daine, Marc Delouze, Kim Doré, Myriam Eck, Alain Freixe, François Guerrette, Hélène Lanscotte, Anne Mulpas, Samira Negrouche, Isabelle Pinçon, Jean-François Poupart, Anna Serra et Annabelle Verhaeghe.
Salon de chasse 2015
Entrée libre sur présentation du programme du Festival Paris en toutes lettres, organisé par la Maison de la poésie.

Retour sur Mains suivi de Sonder le vide sur Terre à ciel

Un grand merci à Cécile pour son retour sensible, clair, qui donne à voir, en quelques lignes, mon livre en substance – Mains suivi de Sonder le vide. Profitez-en pour lire cette belle cuvée d’automne de Terre à ciel.

« Dès le premier poème, Myriam Eck donne le ton : « Tu ouvres tes mains / Et dans le même mouvement tu m’as ouverte / Le geste inattendu du toucher ». Variations sur le même thème, petits textes, pour la plupart d’un à cinq vers tout au plus. Qui dit mains, dit toucher, qui dit toucher dit peau, qui dit peau dit corps. Une certaine sensualité se dégage de ce recueil, en peu de mots. « Je suis une terre qui accroche au mouvement de tes doigts ». Puis, il y a l’absence, les mains qui se tendent à distance et comment les mains perdent leur fonction. Dans Sonder le vide, le titre en dit beaucoup. Sonder, donc, le vide. Myriam Eck reprend son travail et scrute, comme pour Mains, elle fait le tour de la question. Elle évoque le vide d’une pierre, d’un regard, d’une pensée, d’une tête. Ses poèmes sont réfléchis, nous font penser, nous permettent de chercher en nous ce vide, ces pensées qui nous vident ou comment le vide nourrit nos pensées. « Une seule tête pour tout mon vide / ce n’est pas disparaître ». Myriam Eck sait aller à l’essentiel et nous atteindre, toucher en nous des zones sensibles. Auteure à suivre, assurément. »

Soirée exposition de Christine Delbecq et rencontre lectures TèmPoésie avec les poètes Myriam Eck et Patrick Le Divenah aux Editions p.i.sage intérieur le jeudi 19 novembre 2015 à la Nef Bibliothèque à DIjon

Jeudi 19 novembre : à La Nef bibliothèque, centre ville de Dijon, dans le cadre des rencontres poétiques TèmPoésie (La voix des mots), soirée rencontre lecture par Myriam Eck et Patrick le Divenah, les deux poètes édités cette année par les éditions P.i.sage intérieur. Inauguration de l’exposition des travaux plastiques de Patrick le Divenah auteur du livre de poésie Algues et barges et des travaux élèves de Christine Delbecq autour de ce même livre. Vernissage à 18h15 et lectures à 19h30.
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Deux vidéos de la lecture :

Extrait de Mains

Extrait de Calanques

Expositions et rencontre avec la plasticienne Christine Delbecq, le philosophe Pierre Ancet et la poète Myriam Eck autour de son livre Mains suivi de Sonder le vide à la Maison des Sciences de l’Homme de Dijon le jeudi 5 novembre 2015 à 18h

Jeudi 5 novembre 2015 à 18 heures : Dans le cadre du programme « Un artiste, un chercheur », à la Maison des Sciences de l’Homme (MSH) à Dijon, rencontre entre Pierre Ancet, philosophe, Myriam Eck, poète, et Christine Delbecq, plasticienne, à l’occasion de la parution chez P.i.sage intérieur du livre de poésie de Myriam Eck « Mains suivi de Sonder le vide », couverture et page intérieure de Christine Delbecq.

Vidéo de la rencontre Un artiste, un chercheur ce 5 novembre 2015 à la MSH, Pierre Ancet, Christine Delbecq et Myriam Eck

Cette rencontre sera complétée par une exposition des œuvres de Christine Delbecq du 5 au 20 novembre dans la salle du forum de la MSH, « Chambre d’échos » : « « Mains » suivi de « Sonder le Vide », de Myriam Eck, nous emporte à mots contenus dans les forces et les retombées du désir, dans ce lien qui ouvre ou limite l’espace entre deux personnes et à l’intérieur de chacun… Dans la chambre d’échos que devient la salle d’exposition je suspends Le Grand Blanc de l’attente, et le déplie / le déploie en centaines de détails pris et assemblés comme les ondes concentriques autour d’une pierre dans l’eau : au cœur de l’installation se révèlent la couleur de la chair, les plissements du drap, le fourmillement d’une rencontre… Dans la chambre des Petits Rouges, deux lignes s’élancent, s’accueillent ou se brisent en une variation infinie… »

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Du 5 au 23 novembre Interroger le vide : à l’Atheneum, campus universitaire, présentation des travaux des élèves de Christine Delbecq autour du même livre de poésie de Myriam Eck. Une cinquantaine d’enfants, adolescents et adultes ont travaillé en petites séries à partir de cinq phrases tirées du livre. Ils ont interrogé les notions éminemment plastiques de vide et de limites à travers des matériaux et des formats très divers. Sur le site de l’Atheneum

Une belle complicité entre créateurs chercheurs:
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Une belle écoute :
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Une expo en écho (de l’ordre du Jeu selon Winnicott) :
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Des travaux dignes de véritables artistes, même si encore amateurs :
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Interview intempestif par Jean-Paul Gavard-Perret

Interview intempestif par Jean-Paul Gavard-Perret sur le site Le littéraire

Une nécessaire solitude : entretien avec la poétesse Myriam Eck

Entre­tien avec l’auteure de Mains suivi de Son­der le vide

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
A un moment, ce qui m’attend hors du lit prend le pas, men­ta­le­ment, sur le bien-être que je res­sen­tais à me trou­ver dans mon lit au sor­tir des rêves.

Que sont deve­nus vos rêves d’enfant ?
Ils ont grandi avec moi puis se sont rata­ti­nés, plom­bés par trop d’idéalisme et de cli­chés. Ils ont fina­le­ment renoncé à moi, avec le sou­tien de la psychanalyse.

A quoi avez-vous renoncé ?
A répondre aux attentes des autres.

D’où venez-vous ?
Du ventre de mon histoire.

Qu’avez-vous reçu en dot ?
Une néces­saire solitude.

Qu’avez vous dû “pla­quer” pour votre tra­vail ?
D’être/de faire « comme les autres ».

Un petit plai­sir — quo­ti­dien ou non ?
J’ai plein de petits plai­sirs au quo­ti­dien, j’aime nour­rir mes sens, sim­ple­ment, sans pri­va­tion ni excès. Un truc que j’adore c’est me sen­tir deve­nir flaque au soleil, les yeux fer­més, au bord de l’eau, alors qu’il ne fait pas encore très chaud.

Qu’est-ce qui vous dis­tingue des autres écri­vains ?
Ce qui nous dis­tingue tous les uns des autres peut-être, notre sin­gu­la­rité, j’écris avec ce que je suis…

Quelle fut l’image pre­mière qui esthé­ti­que­ment vous inter­pela ?
Les illus­tra­tions du fau­visme dans mon livre d’Histoire Géo en Première.

Et votre pre­mière lec­ture ?
J’avais hor­reur de la lec­ture, trop pénible pour moi à déchif­frer, jusqu’à un poème, “Le ciel est par-dessus le toit”, de Ver­laine, pro­posé en réci­ta­tion au CM2. Là, je ne lisais plus, je chantais.

Pour­quoi votre atti­rance vers l’innommable, l’impalpable ?
Parce que c’est de ce dont je suis faite, ce qui me consti­tue, ce qui habite ma tête, c’est une lutte qui me rend vivante.

Quelles musiques écoutez-vous ?
Quand je plonge en mode repeat dans cer­taines chan­sons de Léo Ferré (Je te donne, Ton style, Love, Des mots, …) mon corps pal­pite, ma tête s’élargit, mes sens s’aiguisent…

Quel est le livre que vous aimez relire ?
Plu­tôt des livres que j’adorerais relire… Ah si, j’ai relu Dans la soli­tude des champs de coton, de Koltès.

Quel film vous fait pleu­rer ?
Un opéra, La Tosca.

Quand vous vous regar­dez dans un miroir qui voyez-vous ?
Celle que je suis par­ve­nue à faire adve­nir, et dont je prends soin.

A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
La ques­tion ne s’est pas vrai­ment posée à moi dans ces termes.

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
La mer…

Quels sont les artistes et écri­vains dont vous vous sen­tez le plus proche ?
Le poète dont je me sens le plus proche, c’est peut-être Ber­nard Noël, pour son rap­port au corps, à la pein­ture, et pour sa pré­sence à dis­tance. Les poètes, écri­vains, peintres, dan­seurs, musi­ciens, cir­cas­siens, … dont je me sens proche, sont sen­sibles à mes poèmes. Une famille d’artistes ?…

Qu’aimeriez-vous rece­voir pour votre anni­ver­saire ?
Une pré­sence de qua­lité ou une qua­lité de présence.

Que défendez-vous ?
Le droit, pour cha­cun, à exis­ter le plus authen­ti­que­ment pos­sible sans être jugé.

Que vous ins­pire la phrase de Lacan : “L’Amour c’est don­ner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas”?
On n’a pas trouvé mieux pour occu­per toute une vie. A part la création…

Que pensez-vous de celle de W. Allen : “La réponse est oui mais quelle était la ques­tion ?“
Une phrase que je ne dirais pas, j’ai appris com­bien il peut être vital de savoir dire non.

Quelle ques­tion ai-je oublié de vous poser ?
Ça c’est vous qui le savez…

Entre­tien réa­lisé par jean-paul gavard-perret pour lelitteraire.com, le 4 juillet 2015

Articles sur Mains suivi de Sonder le vide par Jean-Paul Gavard-Perret

Bords et débords de Jean-Paul Gavard-Perret sur le site le Salon littéraire

Nébuleuse de songes de Jean-Paul Gavard-Perret sur le site Le littéraire
« Que faire avec le corps, que faire avec sa tête ? Tout est une question de rapports : non seulement entre eux mais avec les autres. Ce sont eux de fait qui créent le plein ou le vide en nous. Ce qui s’y lève ou s’y creuse. La main de l’autre est au bout de sa main, dans son corps, dans notre tête. Si bien que le rapport au monde joue de variations, d’altérations, d’incomplétudes qui nous échappent. Comme le disait le poète il y a bien longtemps : « un seul être nous manque et tout est dépeuplé ».
Mais Myriam Eck le dit sans emphase, sans parler d’amour. Elle scande l’essence où les êtres se subsument en une suite de variations, d’altérations dans le motif qu’est la peau, la tête, le corps, la main, ses caresses et ses aveux. Ils font le plein et le délié. Ils sont difficiles parfois à suivre parce qu’à la lumière sombre d’un reste de lucidité se mêle le murmure de la possession ou de l’abandon. Pour le formuler, l’écriture de Myriam Eck préfère une forme d’abstraction qui laisse toute chose ou état en suspens et où la présence devient elle-même son contraire, et la forme l’informe.
Rien ne peut se ranger de manière contractuelle par l’écriture de Myriam Eck. Elle oublie ses repères, se perd dans des replis, des circonvolutions si bien qu’elle échappe à elle-même. Rassembler revient à défaire. Mais c’est ce qui rend ces deux textes si prenants. Au bord de la défaillance rien n’est figé. L’écriture s’y fait plus secrète qu’établie. Elle ne clôture rien, elle serpente dans des labyrinthes d’incertitudes. Il n’existe donc plus seulement deux seules faces et le choix entre elles. Reste la dérive. Elle n’est pas fuite : juste une continuité peu agissante. De fait, il s’agit même d’une errance à peine programmée. »