Note de lecture sur Un bruit de Terre par Claude Vercey dans la revue Décharge

Un grand merci à Claude Vercey pour sa lecture sensible de Un bruit de terre lisible sur le site de la revue Décharge :

« À quoi reconnait-on un poème, a-t-on envie de s’interroger, en référence à ce qui nous est donné à lire : quelques lignes, une seule parfois (celle qui me sert de titre, par exemple) jusqu’à trois ou quatre, et même cinq :

Je ne sais plus qui j’attends

Les cheveux dans la tête
La tête dans les eaux longues du rêve
Mes bras de souvenirs

Sans hâte

lignes posées sur la page et affrontant tout le blanc, le définit-il ? Ou considérera-t-on Un bruit de terre comme un poème unique aux quelque cinquante fragments ?

Ce qu’on retient, c’est la lenteur qu’une telle mise en page impose à la lecture, et la mise en valeur des mots, – mots du corps essentiellement, qui rappellent la proximité intellectuelle et sensible entre la poésie de Myriam Eck et celle de Bernard Noël, comme elle-même l’indiquait dans Décharge 180 [2], les mots-clés du présent ouvrage étant tête et terre, dont la quasi-homophonie joue grandement dans l’écriture.

Le lecteur du livre précédent : Calanques, (l’I.D n° 757 en a rendu compte) en retrouvera la démarche et les caractéristiques, s’attachant cette fois-ci à exprimer la douleur de la perte d’une personne aimée, d’où certainement l’importance du mot terre se mêlant au lexique familier du corps que Myriam Eck manie, ressasse, dans une langue à la limite du silence, musicale et répétitive : ce n’est plus de l’émotion que naissent les mots, mais c’est de ces mots, les plus simples, monosyllabiques de préférence, que nait l’émotion, qui conduit à une poésie épurée, saisissante, obsessionnelle.

J’ai creusé la terre de la tête

Creusé de la tête
Au-delà de ma tête
Sans bras

*

J’ai enfoncé ma tête dans la terre

La terre sentait si fort ta peau

*

J’ai enfoncé ma tête dans son creux

Le creux sentait si fort
L’odeur
Une terre après l’orage »