Ariane Dreyfus : le sublime abîme (2008)

Les poèmes d’Ariane Dreyfus sont composés de mots simples, à la portée d’un enfant. Il ne s’agit pas de pensées élaborées mais d’observations presque naïves, dans un ici et maintenant. Ariane Dreyfus apparaît sans mémoire, ni passé, ni avenir, elle vit avec les saisons, le nez sur le vivant, comme une enfant. Dans son regard, les fleurs prennent la même existence que sa langue, que son amant, qu’une porte. Et tout ce petit monde résonne, dans un « dialogue » permanent. Car un poème d’Ariane Dreyfus c’est plusieurs poèmes qui se trament dans un jeu d’éclairage mutuel. Rien de plus « anodin » en apparence. Ariane Dreyfus embrasse le lecteur, tout d’abord fraîche et taquine, puis le prend par la main et l’entraîne,… elle l’entraîne dans sa tourmente où les joies ont des lèvres aussi vastes que les douleurs.

Tout est au dos des apparences.

Et difficile de s’y soustraire, une fois pris entre l’ici et maintenant.

« La bouche de quelqu’un » m’a brûlé les doigts en plein juillet. Je vous avertis : lire Ariane Dreyfus peut être éprouvant. Et j’ai dû serrer l’emprise sous le coup de ce projet : écrire sur Ariane Dreyfus.

Comment écrire pudiquement sur une femme qui se met à nu ?
Comment écrire sans se mettre soi-même à nu ?

« La bouche de quelqu’un » ouvre un abîme. Cet abîme qu’Ariane Dreyfus amène par ses mots, je ne le lis pas. Je m’y retrouve. Un abîme à la fois intime et commun, commun dans le sens de partagé. Il est encore là, trois années plus tard, dans « L’inhabitable », son recueil suivant.

Entre « La bouche de quelqu’un » et « L’inhabitable », entre 2003 et 2006, Ariane Dreyfus a survécu. C’est ce qui, par delà le temps, le temps de l’écriture et celui de la lecture, m’importe. M’importe en tant que lectrice, car dans les moments les plus fragiles Ariane Dreyfus sollicite ouvertement le lien au lecteur. M’importe en tant que femme, en vie, elle-même amoureuse et rôdeuse de l’abîme.

Ariane Dreyfus a survécu, on le sait.

L’émotion, elle, reste intacte.

Dans ces deux recueils, Ariane Dreyfus survit dans un constant mouvement de fuite devant la mort. Dans son recueil suivant, « Iris c’est votre bleu », en 2008, elle semble avoir dépassé toutes ses appréhensions, par la permanence de l’amant qu’elle espérait.

Celle que je veux célébrer, ici, c’est la côtoyeuse de l’abîme. Je crois profondément que c’est dans le ventre de ce que Castoriadis appelle le « Chaos, Abîme, Sans-Fond » que se régénère continuellement le monde, entre création et destruction. Et pour fréquenter ce lieu, si fécond, il faut pouvoir y supporter l’angoisse.

Ce que je viens apprendre, dans la lecture d’Ariane Dreyfus, c’est une façon de se tenir, à la surface, entre deux fonds.

Femme si proche de moi, par ce que tu me fais approcher, femme si proche de cet abîme qui nous abîme, pour ces yeux que tu gardes ouverts dans la nuit, femme « je te respecterai toujours« .

LA BOUCHE DE QUELQU’UN
2003

L’écriture d’Ariane Dreyfus est tout d’abord fraîche et enfantine « Tiens ! J’ouvre les yeux sous un arbre pas si haut ! » ce qui la rend immédiatement touchante. Pour Ariane Dreyfus, l’enfance est le lieu privilégié du bonheur simple et immédiat « Mais il suffit encore de lancer un oreiller pour que les petits rient. Le tour de main de l’émotion. », une sorte de paradis perdu qu’elle voudrait recréer autour d’elle :

« Un temps simple, tu sais,
Par exemple le ciel change et ne s’en va pas
Ou bien
La porte s’est fermée mais tu es de mon côté
Ou encore
Il est parti parce que revenir est un cadeau
Qu’elle aimera beaucoup et longtemps.
»

Il y a surtout la convocation de l’acte magique. Sous ses yeux, un sexe dessiné par l’homme adoré pourrait prendre chair « Je dors sur ma joue : / Sortira du papier ? ». Ariane Dreyfus n’hésite pas à s’étonner des miracles qui ne se produisent pas, comme une apprentie fée qui testerait ses pouvoirs magiques « Rien ne vient à la fenêtre si je me penche ».

C’est l’amour partagé qui rend l’acte magique possible « Nous qui commençons / Tout devient croyable ». Et le premier acte magique, c’est celui de faire apparaître la femme qu’elle est « Quand il y aura un homme, il y aura une femme ». L’homme rend femme, l’homme rend belle, rend visible, donne des contours « (Peut-être je deviens belle ?) ». Sans amour partagé, la magie n’est plus, c’est le désenchantement « C’est alors que la princesse se met à puer ».

Une condition pour accéder à l’amour partagé est la nudité « Tu es si nu qu’il ne manque plus rien je crois ». Il s’agit de se dénuder des autres « Ne t’appuie pas sur les fantômes, viens tout seul », de se dénuder de ses préjugés, de ses retenues « A peine nous connaissons-nous que tu l’as enfoncée en moi, soulevée dans le noir. Puis tu la regardes – c’est dehors – avant de la lécher – c’est dedans. / Ce que tu fais. Je te respecterai toujours », de se dénuder de soi-même « Si je te prends la main, c’est pour nous libérer toi de toi, moi de moi. Je t’écarte les doigts, pensant que nous allons passer ensemble », de se dénuder jusqu’à se perdre « A chacune sa forêt / Où se trouve l’homme perdu ».

Car seul l’homme perdu peut se lancer éperdument dans le temps que propose Ariane Dreyfus : un temps rempli de la perception immédiate par les sens, sans mémoire, sans passé, sans futur « Etre là, être vrai ». Ariane Dreyfus canalise tout son espace mental vers ses sens. Ce qui l’entoure, elle l’appréhende par ses organes (yeux, mains) dont la fonction (voir, toucher) est de combler un de ses sens (regard, sensation) jusqu’à l’intérieur de son cerveau (pensée). Et c’est le même chemin présupposé dans le corps de son amant « Puis les nœuds / Qui bougent dans les mains / Sans finir ». Ariane Dreyfus fait jouer entre eux ces organes, groupes d’organes, fonctions et sens, sensations et émotions, démultipliés, dissociés, décuplés, donnant l’impression d’un Je morcelé entièrement dirigé vers la saturation des perceptions, parfois mis en échec « Je t’embrasse pourtant, et ma langue aussi », « Quand c’est moi qui pleure par les yeux », « J’ai l’air de parler mais c’est mon oreille. ». Ainsi, la pensée est gavée de corps « Mais trou n’est pas le mot. Le verbe, c’est que je te serre, je fais sortir foutre et voix perdue. / Bonheur qui entre aussi par l’oreille. », « langue langue / elle entre plus fort que penser à toi ». La seule mesure, la seule limite acceptable par Ariane Dreyfus, c’est celle du corps « La mesure, c’est le corps la mesure. ». Le corps permet de contenir l’angoisse (contrairement à la pensée) « La douleur, si on la couvre d’amour, nos caresses la soulèvent / Un peu, je sens tellement ! ».

La seule réalité qui compte, c’est celle de la présence au présent de l’amant « Actuellement je t’aime », autrement Ariane Dreyfus reste dans ses rêves « La réalité gagne sur le rêve ». Au début, les rêves s’alimentent de l’amour encore frais dans le corps « La pensée suffit quand elle ne pense qu’à toi », même si le manque est palpable « C’est long de ne pas s’embrasser ». Puis ils s’épuisent « Encore un jour / Passé à aimer en pensée. / Ca pèse. » terriblement « Tu me manques jusqu’à vomir ».

Le corps de l’amant s’efface « Je n’ai que l’herbe à regarder. Je suis / Plus au fond que calme », or son corps à elle seule ne se suffit pas « Mon corps est trop ». Et la pensée commence à penser obscurément « ton nom devient unique (…) à ne pas comprendre la distance du ciel ». C’est qu’Ariane Dreyfus refuse la mémoire « Je ne veux pas de l’écuelle de la mémoire ». Et si son corps ne peut taire sa mémoire, Ariane Dreyfus préfère encore fuir son propre corps :

« (Je n’ose plus me toucher la tête, tu l’as trop caressée sans m’aimer. De l’intérieur je ne comprends pas.)
*
Ni le ventre. Je n’ai pas de mémoire, mais mon corps.
»

En lieu de cette mémoire refusée, il y a la place d’un vide, un silence, qui ne lui permet pas de penser « Seule dans l’allée. Difficile de penser », et la laisse dans un état de stupeur « Si je pense j’ai la bouche vidée. ». Ariane Dreyfus essaie d’occuper le champ désaffecté de la mémoire comme elle le peut « Mais faire, faire avec n’importe quoi. »

La présence de l’amant au présent lui permet de passer du côté de la vie (présence à la réalité), et de s’extraire du côté de la mort (fuite dans le rêve). Etre vivant, c’est ce qu’Ariane Dreyfus appelle « avoir les yeux ouverts » « Tant que tu n’es pas parti, je ne ferme pas les yeux ». Fermer les yeux, c’est être mort « Epuisé, il a bien fallu que tu fermes les yeux ». Le vivant vient de la présence de l’amant, même pour des choses inanimées « Tu as ressuscité l’hiver ». Lorsque l’amant revient, c’est à force d’arguments quasi « scientifiques » qu’Ariane Dreyfus s’en assure pour ne pas risquer de fausses joies « Cette fois je vois bien que tu t’approches grandissant ». Et quoi de plus vivant qu’un sexe qui désire, véritable antidote à la mort, quasi objet de culte par Ariane Dreyfus « Sexe vivant. Il mérite des baisers de tous les côtés. », « Sexe : cœur du corps de ceux qui aiment. A partir d’un certain âge. Egare la mort ». C’est que la mort rode dans les poèmes d’Ariane Dreyfus « Dans mon cadavre je ne bouge plus.», « L’oiseau s’est couché parce qu’il est mort ». Si Ariane Dreyfus se couche, que ce soit pour baiser, pas pour mourir. Alors faire feu de tout bois, même de bois (de désir) sec, même « seule », le plus longtemps possible, tout plutôt que la mort « Devant la mort ici personne n’est mort. / Même je bande / D’espoir sec. ». Mais le corps a une mémoire, même si les sexes peuvent se ressembler, on ne peut pas longtemps le tromper, ce corps à la fois lieu de vie et lieu de mort :

« Il m’embrasse, il fait froid,
Je n’arrive pas à trouver où c’est éclairé.
Même si je plie les genoux ou creuse mes reins, avec une musique qui serait son désir,
Ceux qui dansent sont comme morts.
»

Alors vient le fond de l’abîme :

« « Ariane, je ne t’ai jamais aimée »

J’ai reçu la pierre.
J’ai hurlé devant tous les poèmes.

L’ineffaçable.

Dans mon cadavre je ne bouge plus.
Nue sur la page. La femme lyrique. »

« Ah oui, recrachée.
Et je suis où ?

Ceux qui s’aiment, de quelle chair sont-ils faits ?
La nuit surtout, je laisserais n’importe quoi m’attraper.
»

Ariane Dreyfus, dans l’abîme, cherche à comprendre, sans mémoire, sans passé, sans corps, comme égarée dans l’espace et le temps.

L’INHABITABLE
2006

Dans « L’inhabitable », on retrouve les thèmes de « La bouche de quelqu’un » : l’amour grand, le passage du temps, la mort qui rôde, l’épuisement de l’amour.

Ecrire et caresser utilisent tous deux les mains, Ariane Dreyfus ne peut pas faire les deux en même temps. Si écrire peut attendre, aimer ne le peut pas. Alors peu de lignes, peu de mots, lorsqu’aimer occupe les mains à temps plein, le recueil commence avec des poèmes courts (de deux à sept lignes jusqu’à la page 35) « Pas long le poème. / Viens vite ! ». C’est que le temps obéit à sa loi : passer. Et dans son passage, bouge, change, transforme, détruit, tout, jusqu’à la mort « Prends-lui la main. / Avoir assez de jours. ». Ariane Dreyfus connaît ce qui permet de déjouer la loi du temps, et tout d’abord l’enfance « Lorsque la langue comme l’enfance / A tout le temps. ». Aussi l’écriture « Ecrire jusqu’à écraser / L’attente qui normalement tourne les yeux / Sans cesse. ». Mais là encore, c’est l’amour partagé qui est le plus puissant pour réaliser des miracles, dont celui d’échapper au passage du temps « Je t’aime d’amour. / C’est le temps / Qui n’a plus de chair à toucher. ». « Entre deux baisers, / Personne n’a la place de passer. », même pas le temps. Car l’amour partagé abolit les limites « L’infini sans qu’il te touche n’est pas le mien d’aimer. ». Echapper au passage du temps pour échapper à la nuit, à la mort :

« Non, la nuit ne conduit pas
A demain.
La nuit je te rencontre
Même les yeux fermés.

Il faudrait que je parle à la mort.
Pour lui dire. Pour une fois.
»

Et figer l’instant comblé dans l’immobilité « Quand je vis. Quand tu vis. / Tu crois que l’on peut bouger ? ». Mais l’immobilité n’est-elle pas soeur de la mort ?

L’amour enfui, Ariane Dreyfus est de nouveau soumise aux lois de la réalité dont celle du temps « Le fruit a vieilli depuis qu’il a touché terre. ». C’est que l’amour fuit, inexorablement, s’épuise, dans le passage du temps qu’est la vie « Elle est si forte, / La maladresse de l’amour dans la vie / Ou quoi ? ». Comme dans « La bouche de quelqu’un, le premier mouvement face à la perte de l’amour est de refuser la mémoire « Je ne veux pas me souvenir ». Ariane Dreyfus est comme étonnée de trouver des traces du passé dans son présent « Fascinée, je fixe des yeux le pain qui reste. / Cela a été. », « A-t-on vécu ce qu’on ne vit plus ? ». Et la place niée à la mémoire devient criante de silence « A peine séparée / – de quoi plutôt ? Les vaches sont seules ici – / j’ai du silence entre les côtes. ». D’où la stupeur, qui ne permet aucune compréhension « Je crois que je n’entends plus rien. », et le retour de la souffrance « Je veux la remercier de hurler. / Moi pas. ».

Sauf que, là, surgit un rapport à l’homme qui permet la permanence que le rapport amoureux ne permet pas : l’ami. C’est son amitié pour le poète Stéphane Bouquet, qui lui fait toucher ce qui d’elle-même continue malgré ce qui s’est arrêté en elle « L’amour peut s’arrêter, pas nous». Autre qu’à subir la mort, il l’invite à choisir la vie « Tu as tout regardé, sans me plaindre et sans me laisser, comme on fait d’une vivante. / Me montrant que cela aussi c’est choisir, souffrir ». Ariane Dreyfus apprend de lui comment quelque chose survit toujours au-delà des ruptures « Pour toi, quand elles ont fané, elles sont encore des fleurs. (…) Mais fanées, elles existent toujours, tu n’as plus peur depuis longtemps. ». Car Stéphane Bouquet n’a pas peur de la mort, et donc pas peur du passage du temps. Il est dans le temps « Un fruit sur la terre. ».

Dans l’accueil de cette continuité, Ariane Dreyfus en ressent les effets, malgré de nouvelles ruptures « Tu te rends compte ? / Je n’ai pas froid. », « Non, pas malade (…) Mais, malade, non. / Ni aveugle (…) N’envie rien, pas un vœu. (…) moi pas écrasée par vous. ».

Cette temporalité lui permet de préserver une forme de permanence qui rend possible la mémoire et donc le sentiment d’un vécu « Il faut que je choisisse un mot à garder dans ma bouche vide. De longue vie. », « Balancer les bras j’aimerais / Moins mourir à l’avance et vivre aussi. »

C’est dans cet état qu’Ariane Dreyfus rencontre Georges, une rencontre d’âmes :

« En pleine vie l’attirante tendresse.

L’âme se fend, l’âme c’est mieux.

La vie ne s’arrête pas simplement
Une fois
(…)
La vie ne s’enfonce pas sans retour

Elle verra si l’herbe et même sa montagne existe demain

Si demain touche aujourd’hui »

Un lien qui peut se prolonger dans le temps comme une branche :

« Il suffirait d’une branche.

Si les vraies fleurs apparaissent,
Une branche tient à autre chose
Où je peux être avec les yeux fermés.

Tout va entrer quand l’amour est profond. »

Dans un dernier poème, « En une brassée », elle dédie à cet amant unique, tant espéré, tous les mots d’amour aux adresses si multiples qu’ils demeuraient sans adresse, réunis pour cette adresse unique, et le recueil se termine sur une envolée.

LA PLACE DE L’ECRITURE

Dans « La bouche de quelqu’un », Ariane Dreyfus donne une place considérable à l’écriture et au lecteur. Elle écrit pour dire ce qui ne se dit pas « C’est fou le nombre de fois / Où j’ai essayé – embrasser je peux – d’écrire la joie ». Elle écrit à l’amant « Poésie : t’écrire c’est le jour ». La langue d’Ariane Dreyfus est un organe d’écriture comme une bouche couchée à même le papier. Ses mots gouttent encore de salive, de sperme, de larmes, qui coulent sur le lecteur « D’écrire. Mais lecteur / Tu me lèches, les mots alors / Collent au papier », « Je t’aime, je parle avec le goût de toi. / Faire l’amour l’écriture / Elle a faim. », « Il faudrait des mots à peine sortis, mouillés encore de langue. ». Ces poèmes d’Ariane Dreyfus placent le lecteur au coeur même de son intimité puisqu’ils sont le témoignage quasi instantané de ce qu’elle vit. Pour A. Dreyfus, le poème fera oeuvre de mémoire, puisqu’elle se refuse à elle-même toute mémoire. L’écriture est une trace qui, contrairement à la caresse, ne s’efface pas, reste fiable et permet une continuité et un point d’appui « Parce que les caresses ne laissent pas de trace / Je disparais. », « Des miennes je m’accroche aux mots appuyés ». Ecrire c’est aussi canaliser l’angoisse trop forte, contenir entre ses mots la pensée afin qu’elle ne s’évade pas vers la nuit « Comme une main sur la bouche / Ce poème appuie / Appuie sur les cris. ». Ecrire, enfin, est son ultime recours pour rester ouverte à la vie « Je tire à moi la page, / J’écris dessus, c’est le geste qui laisse entrouvert ». Car derrière le poème, il y a, il y aura, le lecteur, un lien humain à la vie « Et si je me serre dans chaque mot / Vous voyez mieux ? / Je peux ne pas sauter ? ».

« Réels aussi sont les soirs où j’écris. Je serai lue. Je suis lisible ?

Page atteinte par les courbes nocturnes.
*
Encore un poème, encore une nuit finalement vécue.
»

Ces mots devenus orphelins dans « La bouche de quelqu’un » depuis le déni d’amour par l’aimé attendront d’être à nouveau aimés, cette fois-ci, par le lecteur « Il faudrait reprendre tous les mots pour maintenant, les laver au ruisseau qui glace les mains, s’appuyer longtemps sur ses genoux. Souffrir pas à cause des sentiments, je resterai jusqu’à ce qu’on embrasse la bouche de mes mots. ».

C’est sur cet amour-là, celui du lecteur, que je souhaitais finir.